GUY BAUDINAT




Je n'ai exposé que deux fois. 


Sans aucun doute je ne l'aurais jamais fait sans l'impulsion d'un ami qui m'est cher: 

le peintre Guy Baudinat.



Il a accepté que je joigne mes sculptures à ses encres et acryliques sur lesquelles il travaille depuis quelques années.

Je me garderai bien de parler à sa place de son travail, je dirai simplement ce que personnellement j' éprouve : 
j'aime perdre mon regard dans les dédales que renferment ses petits formats, reconnaitre les silhouettes de ces créatures évanescentes qui flottent ou s'incrustent dans les limbes du papier Velin. 

Ce qui me fascine par dessus tout c'est que cet univers donne toute liberté au spectateur d'en apercevoir d'autres encore, différentes qui sait, de celles qui ont surgi de son pinceau et de sa plume. 

                                        Celles que j'invente remontent de mon inconscient en passant par les cercles de Dante, par l'inconscient collectif qui peut-être, mais peu importe, rejoint le sien...


Je trouve que ces petits formats ouvrent une fenêtre immensément large et libre sur le ressenti ; 


la promenade du regard y est longue et sans restriction. 


En ce sens pour moi son art n'est pas emprisonnant et c'est ce que j'aime.


Pourtant Guy est une personne terriblement exigeante et sévère avec son travail : il cherche, détruit et recommence encore, cherche à nouveau pour approcher au plus près de l'objectif qu'il s'est fixé et qui lui appartient.


 



Sa modestie mais aussi sa générosité et sa tolérance envers les autres sont proportionnelles à l'exigence qu'il a vis à vis de lui même.

 

Bon, je n'abuse pas plus parce que, connaissant sa discrétion, je ne voudrais pas le gêner et lui faire regretter son apparition dans mon blog qui me fait très plaisir....


( mais profitez du zoom et même du double zoom pour vous aventurer dans ses fenêtres, il ne dira rien...)

21. PILORI

                                             Il n'est pas fréquent que je m'attaque à un homme! (en sculpture je veux dire). De toute façon il ne mesure que 50cms, son corps est creux, étayé au départ par du carton pressé, qui brûle à la cuisson révélant son vide et je lui ai voilé la face à défaut d'autre chose. 

Je l'ai passé à la casserole deux fois:  J'ai pris le risque de le faire mijoter une deuxième fois à 1300° à la briqueterie où j'achète ma terre: 


la terre acquiert alors cette teinte sablée, et ambrée laissant apparaitre la variation de tous ses grains de peau, tandis que dans les fours traditionnels, la cuisson à 900°, qu'on appelle biscuit, laisse sur les corps une teinte plus rosée, homogène, du genre anglais à la plage, dont je ne raffole pas vraiment et que je préfère patiner. 
Il peut donc s'estimer heureux, même s'il a eu chaud, d'avoir été laissé tel qu'il est sorti du four, avec juste un léger fond de teint ciré. Voila, on peut dire que j'en ai pris grand soin de cet homme là sur son pilori. 
 
                                            


Il existe d'autres terres, qui se révèlent d'une belle couleur blanche à la cuisson, mais elles sont plus fines. Celle que j'utilise depuis toujours, est plus grossière (chamotté) et c'est justement cet inconvénient, auquel je me suis habituée, qui réduit le risque d'explosion dans le four,  surtout pour moi qui travaille directement dans la masse.

 
Je n'ai jamais appris à sculpter, j'ai piétiné dans la terre toute seule.

 

Je sais qu'il existe des techniques de montage permettant d'alléger les pièces.


Une fois j'ai fait l'expérience d'un stage d'une semaine, très cher,  auprès d'un professeur d'art plastique. La terre était la sienne et je me suis forcée à accepter ses contraintes, même si ce fut avec un certain ennui; à la fin nous nous sommes un peu disputés. Toujours est-il que la pièce a explosé dans le four. Heureusement j'ai pu la réparer (voir la pièce intitulée: la réparation).



J'aurais souhaité avoir des conseils, un éclairage sur une recherche des lignes, de l'expression, sur comment rendre davantage une émotion ou un sentiment par que sais-je... une courbe, un creux, une inclinaison, un regard?

Je sens bien que ça me manque, mais je n'ai obtenu que des conseils de technique pour la technique.


Je veux bien admettre que l'apprentissage préalable de geste plus orthodoxes apportent une plus grande rapidité d'exécution.



Ils permettent sans aucun doute de développer seule ensuite sa propre expression, surgissant de façon plus spontanée, moins laborieuse, évitant ce caractère pontifié que je reproche à mes sculptures, mais c'était déjà trop tard: j'ai intégré en solitaire des gestes qui sans doute m'enferment, ne me permettent pas de passer à autre chose.



Cela dit, si je suis honnête avec moi même, je ne peux oublier qu'à l'école, moi qui était plutôt sage et bonne élève, j'ai toujours fait l'imbécile avec les professeurs de dessin ou de travaux manuels, alors que j'adorais peindre et dessiner.
(Au fait j'ai égaré la question que je voulais me poser... )

(oeuvre vendue)

22. L'ATTENTE

Il est des moments dans la vie où l'attente de quelque chose d'impossible vous fige, vous noue, vous fait épouser les angles, à défaut de pouvoir les arrondir.
 
Une espèce de posture rétrécie face à la vie, comme des coups de lattes qu'on s'inflige et qui s'incrustent pour rentrer à tout prix  dans une petite fenêtre brillante mais  trop étroite et qui n'est pas faite pour nous...
 

  Comme beaucoup d'autres cette pièce un peu dérangeante est un témoignage de  mon apprentissage, du dialogue avec moi-même...

 


Et quand je retombe dans l'attente imbécile, je  la regarde et elle me dit 


"regarde comme tu te déformes!".



       



Alors je lui tourne le dos, et je la laisse contempler "les lumières dans la plaine".



 Elles sont comme la vie, "c'est   chouette, ça brille mais c'est jamais c'qu'on croit..."

    

     Cliquez ci-dessous pour écouter :

23. LA REPARATION


       
 
Pour cette sculpture j'ai
utilisé une autre terre, blanche  non chamottée, donc beaucoup plus risquée à la cuisson, vu que je travaille toujours dans la masse. C'est la seule pièce qui a explosé dans le four, une bulle d'air certainement.

 

Je l'ai réparée avec patience. Les quelques lignes de brisure sont estompées par la patine et se marient parfaitement avec les failles du socle duquel elle s'extrait.






Elle exprime ainsi encore  davantage ce que je voulais rendre : une cicatrisation des failles dont peu à peu on se libère.



De mémoire je crois qu'elle mesure 35 cms. Elle a été vendue lors d'une exposition. 



J'ai offert à mes sympathiques acheteurs cette petite pièce cuite en raku, enfumée après application d'un lustre mat et doré.


24. LE BUCHER

  


Pour monter une pièce de dimension assez grande comme celle ci,  j'ai besoin de l'étayer au départ avec une barre de bois ou de métal, tant que la terre est encore meuble.









 

C'est ainsi que l'idée du piloris s'est imposée.  




Alors après avoir ôté l'étayage, je l'ai reconstitué en terre.  

 
Le Moyen -Age , l'inquisition et ses corps d'hérétiques suppliciés ou écorchés sont toujours présents en moi, j'ignore pourquoi... mes origines espagnoles peut-être...


La pose est toujours emphatique ou affectée, je le regrette, un besoin dont je ne peux me défaire de mettre toujours de la sophistication dans l'horreur...


...mais avez vous remarqué comme la danse et les chants espagnols se pâment avec emphase dans la douleur? d'ailleurs j'ai horreur du flamenco!

 




Je me rends bien compte que cette pièce est trop chargée. 

Alors j'ai voulu, pour une  meilleure visibilité, établir un contraste de couleur dans la patine, qui correspondait à la différence de matière.


  











 











Je ne suis pas complètement satisfaite du résultat, la peau a perdu un peu de sa souplesse...



Elle pèse son poids bien évidemment et elle fait 70 cms de hauteur. 




25. L' ÎLE GRECQUE


Un peu d'académisme parfois ça repose.



La pureté des lignes, rien ne perturbe l'œil sur l'horizon.



La double cuisson à 1300° lui a donné une couleur de pierre au soleil couchant qui m'a permis de ne pas la patiner.






 
Elle m'a semblé la plus adaptée pour être offerte, en gage d'une amitié solide de trente ans, à un couple d'amis, amoureux des îles grecques et de la sérénité des formes.



Car ils m'ont si souvent prêté leur maison, petit îlot de pierre en pleine mer de Haute-Loire, pour que je m'y apaise, qu'il était normal que cette pièce accoste à bon port.



Sa hauteur est de 35 cms

26. LE POUSSIN


Encore une maison d'été, prêtée, familière celle-ci. J'y surveillais les plants de tomates, la naissance du poussin, et je partageais mes tartines avec Trottinette, la chatte.




Ce personnage, genre de petit prince empêtré dans sa coquille, est sorti comme ça, dans la grande mezzanine extérieure de la grange au son d'une musique entêtante vibrant dans tout le corps de ferme. 
Elle ne faisait pas taire le murmure des insectes dans la lavande du jardin.
Ce qu'il représente ?... L'éclosion toujours, avec toujours un soupçon d'empêchement évidemment... C'est si difficile de se libérer...


27. LA MASQUE-FIGURE

                                                                                                                                                                                                  


Cette pièce fait partie d'une série pour laquelle je m'étais efforcée de quitter ce qui m'était naturel, pour calmer un tant soit peu les contorsions de lignes. Une envie aussi, à cette période, d'exprimer le calme, l'immobilité. 


 Je voulais faire un masque simplement, et puis.... Je possédais cette tige de verre depuis mon enfance : je l'ai placée pour soutenir la figure qui flotte, absorbée dans des pensées un peu fatalistes je m'en souviens, lorsque je le modelais.




  
Je l'ai offerte à mon frère, acheteur des "gardiennes" avec lesquelles elle se marie bien.



Je pense qu'elle écoute, discrète et sans broncher, le défilé des gros et petits bobos de ses patients dans son cabinet de médecine.

Sa hauteur est de 50 cms.    

28. 29. 30. 31. QUELQUES COBAYES.



Ces quatre pièces sont très anciennes, je les ai utilisées pour tester différents traitements, elles se sont plus ou moins prêtées à l'exercice.


28. LA PREMIÈRE FEMME SUR LA LUNE

Sur celle-ci j'avais tout d'abord essayé les engobes: des pigments appliqués lorsque la terre est encore humide. Mais la cuisson a homogénéisé les couleurs.

Puis j'ai tenté sur elle ma première expérience de raku.
Finalement cette cuirasse métallique de cosmonaute sied davantage à sa silhouette un peu alourdie.



 

29. LA FALSA PIETÀ



Quelques essais de patine sur cette mater dolorosa qui n'ont pas réussi à faire taire ses incantations ni à la rendre plus enveloppante.









30. L'INQUISITEUR

Cette pièce mesure 80 cms . Elle est un essai avec les plaques roulées sous la "coûteuse". C'était l'époque des talibans qui ont sans doute influencé ce triste personnage.

J'ai tenté ensuite de l'égayer par un émaillage au chrome : il en est sorti vert pomme! genre poterie provençale...Alors un ami l'a embarqué pour en faire un nain de jardin. Je crois qu'il a renoncé à planter des géraniums dans ses emmanchures...



 





















31. LE DÉDAIN

Dès le départ une situation conflictuelle: d'ailleurs un pose aussi dédaigneuse ne laissait rien présager de bon: il s'est rapidement cassé le nez quand je l'ai fait tomber de son piédestal.


Alors j'ai testé sur lui la solidité de  la colle Araldite, mais cette stratégie minutieuse de la réparation lui a fait davantage tordre le nez ...