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Bonne visite.



1. LE DON DE SOI

 

Cette pièce a une longue histoire personnelle.  Offerte puis exceptionnellement récupérée. Elle fut bien sûr remplacée par une autre beaucoup plus adéquate. Parce que le sens, induit dans la plupart de mes sculptures au moment où je les exécute, se doit d'être partagé.

 


                                                                             
 

Encore plus que toutes les autres, lorsque je la regarde telle qu'elle était avant cuisson, c'est celle que je trouve la plus vivante.    Il est toujours regrettable de ne pouvoir garder la terre crue, tendre et souple comme la chair. 



















Donc, je l'avais offerte simplement cirée après la cuisson comme ceci :




Mais comme  trop de souplesse m'a fait perdre mon âme, alors  j'ai voulu, une fois récupérée, une patine qui rappelle la pierre, pour espérer acquérir un coeur de pierre.
                            









 


Mais en définitive,

j'ignore toujours si elle est une tendre ou une dure à cuire...









2. LA DEVORATION


Beaucoup de mes pièces ont été faites l'été dans des maisons de campagne gracieusement prêtées par des amis.



Des moments de solitude, isolée du monde. C'est le cas de celle-ci qui a pris forme entre deux balades à pieds ou à vélo dans les sucs de Haute-Loire.











J'y ai représenté 
le tout début
d'une longue histoire dévorante.







Je regrette 
de lui avoir
infligée 
le raku 
qui lui enlève
un peu
de sa lisibilité.

 
  


Mais de toute façon l'ogre à qui elle a été offerte, sait fort bien lire ce qu'elle raconte...


3. LE COCON


    Un jour,
    Fatiguée de représenter   des corps,
    j'ai voulu en envelopper un.
    Et puis je l'ai épinglé 
    avant qu'il ne s'envole.






L'image du sarcophage est à l'origine de cette pièce, l'idée du tombeau donc : la mort, avec son visage monacal d'austérité recluse.




 
Pourtant le cocon domine: la reine des abeilles? Alors c'est l'idée de la 
naissance, de la maternité.


 
Mais est-ce que toutes ces lectures ne sont pas contenues dans la même image? La fin rejoignant le début?


Un jour, un galeriste m'a dit que mes pièces contenaient souvent trop de grilles de lecture à la fois. C'est normal! avec la terre on tourne toujours en rond!










Certaines personnes ont un mouvement de répulsion face à cette pièce, je fais exprès de la placer dans un endroit stratégique; c'est tant mieux parce que de toutes, c'est ma préférée et je tiens à la garder.




Je l'ai patinée plusieurs fois, couche après couche: j'enduis, j'enlève, je brosse, j'applique d'autres produits, j'en fabrique, je les mélange, je décape à nouveau, je recommence, ça prend beaucoup de temps et je ne suis jamais contente.(Patiner ce n'est pas ma passion, je préférais le faire sur mes skis de fond, à l'époque bénie.) 
Mon but est de chercher une épaisseur transparente, je tâtonne toujours.


 
J'aime beaucoup poser ma main sur son ventre très lisse , il remplit exactement le creux de la paume, et je m'aperçois que ceux qui l'aiment bien, (il y en a quelques uns) le font aussi . Moi je me dis que ça leur porte chance...




4. LA PESANTEUR

 











Il est vraiment très agréable de modeler les courbes des fesses féminines (je comprends que les hommes s'adonnent à l'exercice, même quand ils n'ont pas vocation de sculpteur !).





Pourquoi la pesanteur ? Parce que ce sur quoi dans la vie on repose, quand on s'expose, est souvent une pente instable, des supports  abruptes, des arêtes tranchantes, qui tendent à vous faire glisser, à vous confondre... et parfois on a le corps lourd,
et on se laisse doucement
  descendre...
         ...             
 



















Je l'ai laissée simplement cirée, la couleur de  la chair, rosée après cuisson, se confondant avec celle de la terre, à moins que ce ne soit l'inverse. 
Cette pièce a été vendue... la douceur des courbes sans doute...




5. LA CORDE DANS LE COU

 Pour faire tenir un personnage debout on m'avait parlé à mes débuts de la technique du pendu:



une potence avec une corde permettant de travailler la pièce autour sans avoir le problème du poids de la terre qui plie sur elle même tant qu'elle est  meuble.  


Lorsqu'elle est suffisamment rigide on enlève la corde et on bouche le trou.

 
J'ai trouvé ça stupide et parfaitement incommode: le corps gigote autour de la corde qui se balance et on a aucune prise sur lui.
 
 




J'ai quand même persisté avec un certain énervement jusqu'à ce que la potence se brise et que ma bonne femme dégringole et se retrouve à terre les jambes pliées dans une posture de supplication semblant dire :

" non la corde par pitié non! " 


Alors je l'ai graciée et lui ai ôté la corde de la gorge, mais je l'ai laissée agenouillée dans cette position qu'elle avait prise d'elle même. 
Puis j'ai exploité les traces du passage de la corde dans sa poitrine et sur son visage un peu comme on entrouvre un corsage. C'est elle qui l'a cherché!
 
 
Par la suite j'ai inventé une autre technique: celle de l'empalement. Une bonne barre en fer plantée de part en part c'est beaucoup plus stable que la corde.


Une fois cette colonne vertébrale enlevée la fissure tend à apparaître par endroits, alors j'ai pris le parti de laisser ces failles ouvertes sans faire de suture: 

je donne simplement un mouvement à ces lambeaux de peau, un peu comme quand on porte dépoitraillé, un habit déstructuré, dans un style faussement négligé.

 


 

Ceux qui verraient derrière mes corps écorchés la présence de mon esprit tourmenté se trompent : 


ce n'est qu'une habitude gestuelle pour déjouer les contraintes de la terre qui ont suscité ce style, un pur hasard!

 

Après on peut toujours s'interroger sur ce qui révèle l'état d'esprit de l'artiste: est ce que ce sont les gestes qui servent l'intention ou bien  l'intention qui  dicte les gestes ?


6. LA LOI DU PLUS FORT


A la briquetterie où j'achète mes pains de terre, un jour j'ai chipé deux briques pour surélever les pieds de mon lit. Lorsque j'ai acheté un nouveau lit avec des pieds réglables, j'en ai conservé une et l'ai couverte d'un drap de terre. 



L'hiver à la ferme, ma mémé enveloppait d'un linge une brique passée au four pour me réchauffer dans le lit glacé. 

Et puis, ayant grandi désormais, j'ai eu une autre idée tout aussi périlleuse...

J'ai joué avec le feu et j'ai perdu comme d'habitude!



 

Alors comme double peine j'ai émaillé   tout ça et l'ai passé une seconde fois au four à raku...

...afin que l'enfumage révèle des zones plus sombres confondant la pliure des corps avec ceux des drapés.









Cette pièce est ma plus petite. 




Elle a la dimension d'une brique à une place, en 90, pour célibataire endurcie.

7. LE SOULAGEMENT




 
Cette pièce est un exercice, une volonté de supprimer  les contorsions qui me sont naturelles pour reposer l'œil d'aujourd'hui qui préfère le neutre, le stylisé, l'épuré. 


Pourquoi le soulagement ? Sans doute parce que moi-même, je m'épuise dans ces circonvolutions. 




Il arrive que même au travers de formes artistiques qu'on porte sur les épaules de notre ascendance, ce qui nous est propre puisse nous fatiguer. 

Alors parfois je fais quelques efforts pour me détacher de ce baroque espagnol qui teinte beaucoup de mes pièces.


                                                                 
J'ai cherché avec patience à me rapprocher du bronze dans la patine. 


J'ai complètement oublié avec quelles superpositions de produits j'y suis parvenue. Je néglige toujours de prendre des notes.



La pièce fait 28cms de hauteur. L'exercice a plu, elle a été vendue.